Petit à petit, les apprentis font leur nid... surtout dans les PME
LE MONDE ECONOMIE
Devenir ingénieur par la voie de l'apprentissage ? Lancée au début des années 1990, l'idée ne faisait guère recette mais elle commence à convaincre petit à petit. En 2006, près de 1 500 ingénieurs apprentis ont été diplômés dont un millier dans les Instituts des techniques d'ingénieurs de l'industrie (ITII) - structures qui établissent un partenariat entre les branches professionnelles et les grandes écoles ou universités. "Les formations traditionnelles produisent un modèle d'ingénieur uniforme, surtout destiné aux grandes entreprises et à la recherche et développement, estime Maurice Pinkus, directeur délégué à l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Or, dans les PME, les besoins sont nombreux sur des postes de production, d'industrialisation, de chargés d'affaires. Ces fonctions nécessitent moins de connaissances scientifiques mais plus de compétences en conduite de projets, de gestion, d'encadrement. L'apprentissage permet de diversifier les profils, en rendant les formations d'ingénieurs plus accessibles aux meilleurs diplômés DUT ou BTS grâce à une pédagogie différente."
Annick, Eddy, Nadim et Xavier faisaient partie de la première promotion de l'Institut de formation d'ingénieurs en techniques électroniques (Ifitep), rattaché à l'université Pierre-et-Marie-Curie-Paris-VI. Dix ans après avoir obtenu leur diplôme, ils témoignent d'une expérience plutôt positive. "Je n'ai pas été embauché dans l'entreprise où j'étais apprenti, mais j'ai très rapidement trouvé un emploi dans une autre société, raconte Eddy Tichand, responsable achats et suivi de production chez Prescom, une PME spécialisée en services télécoms. L'expérience professionnelle acquise et la connaissance du monde de l'entreprise sont des atouts, on se voit rapidement confier des missions importantes." Pour Annick Fourmann, chef de projet chez Oberthur Card Systems, l'apprentissage a été un vrai sésame, car pour une femme qui veut faire carrière dans un poste technique, les choses sont loin d'être simples : "Contrairement aux hommes, nous devons donner des gages de crédibilité ! Quand j'ai fait ma recherche d'emploi, je pouvais détailler au recruteur les projets concrets sur lesquels j'avais travaillé pendant trois ans et démontrer ainsi la qualité de mes compétences."
"Au bout de quelques années, on ne regarde pas la façon dont nous avons acquis notre diplôme, relate Nadim Mirza, responsable avant ventes chez Rockwell Automation, un des leaders mondiaux de la fourniture d'informatique industrielle. Quand j'ai quitté la PME où j'avais été engagé après mon apprentissage pour saisir une opportunité chez Rockwell, c'est ma connaissance du métier qui a été jugée." Mais en début de carrière, il n'est pas toujours facile de s'imposer. Xavier Polidori, coresponsable du service clients chez Prescom, a été recruté dans cette société qui l'avait accueilli quand il était apprenti ingénieur : "J'avais le titre d'ingénieur mais la reconnaissance n'est pas venue tout de suite ; j'étais toujours considéré comme l'apprenti notamment par mes collègues. Du coup, je suis allé travailler quelques mois dans une autre entreprise, et quand je suis revenu chez Prescom, j'ai enfin obtenu cette reconnaissance."
Les chiffres font état d'un bon bilan pour l'apprentissage. Selon l'UIMM, 95 % des ingénieurs en contrat d'apprentissage dans les ITII obtiennent leur diplôme. 50 % sont embauchés dans l'entreprise où ils ont été apprentis et, six mois après avoir reçu leur diplôme, 90 % ont trouvé un emploi. "Ils sont recrutés comme cadres et pour des métiers d'ingénieurs, se félicite M. Pinkus. D'autre part, leur rémunération est dans la moyenne des salaires de l'industrie. Nous constatons que plus de 55 % des ingénieurs apprentis restent dans le monde de la production ; c'est une excellente chose car cette fonction, peu valorisée, a du mal à attirer les candidats."
La voie de l'apprentissage va-t-elle continuer à se développer ? Les ITII comptent doubler la formation d'ingénieur apprenti d'ici quelques années. Les grandes écoles sont chaque année un peu plus nombreuses à offrir une filière par l'apprentissage - elles sont 47 actuellement. "Les titulaires de DUT ou BTS capables de poursuivre des études difficiles - car il ne s'agit pas d'un diplôme au rabais - restent une population limitée", juge cependant Daniel Ameline, délégué général du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF). Dans le monde élitiste des ingénieurs, la place des apprentis risque de demeurer marginale.
Nathalie Quéruel
Article paru dans l'édition du 05.12.06
18/03/2007
Article Apprentissage journal "Le Monde"
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